SHAOLIN – HENAN 少林 - 河南 (Version photos PDF) Sur un coup de tête il y a une semaine, une forte envie de calme s’est transformée en week-end hors de Shanghai . Eh hop, on refait un sac à dos qui est resté trop longtemps au fond d’un placard ; un rendez-vous est fixé avec une copine française - Corinne - à la CCI ; l'accord des 'boss' pour partir plus tôt un vendredi soir (pas de R.T.T mais presque) octroyé et départ pour un petit week-end. Destination Shaolin. Shaolin… ? C’est où ça ???... Si je vous dis Kung-fu, moines… Bien sûr ! Un temple dans la montagne, un petit ruisseau (sans eau : c’est l’été… mais faut imaginer !), de la verdure partout, un soleil magnifique sans être trop chaud, un ciel bleu... Ah ? ça existe encore, ça, en Chine ? Eh oui ! Loin Shanghai, loin la pollution, loin le bruit incessant des véhicules, des grincements de freins des vélos, des cris… Trajet : Shanghai – Luoyang – Les grottes Longmen – Dengfeng – Le temple Zhongyue – Le temple de Shaolin – Kaifeng – Zhenzhou – Shanghai Un peu de civilisation chinoise…
Modeste, le Henan laisse les provinces occidentales s’arroger le titre de « berceau » de la civilisation chinoise, alors que cette dernière est bien née dans cette région. Les preuves de son émergence datent de 3 500 ans (les premiers habitats humains remontent à près de sept millénaires), lorsque les installations primitives commencèrent à se rassembler pour former de véritables communautés urbaines. L’environnement favorisa sans nul doute la sédentarisation de ces pionniers, attirés par le cours capricieux du Fleuve Jaune (Huang He – 黄河) et les plaines fertiles de son bassin. Le nom de la province signifie d’ailleurs « sud du fleuve ». Si la province voisine, le Shaanxi (陕西), est unanimement considérée comme le « berceau de l’histoire de la Chine », le Henan, au milieu des 9 régions de la Chine antique, fut à l’origine promue « région centrale » tant sur le plan culturel que géographique. Des capitales se développèrent et disparurent, mais le nord de la province – notamment Kaifeng (开封), figée dans le temps, et An’yang (安阳), méconnue – témoigne de la diversité des influences. La vie spirituelle s’épanouit dans les centres du pouvoir temporel. La province fut le témoin de l’essor du bouddhisme dans le pays et le temple du Cheval Blanc (白马寺), à Luoyang (洛阳), est sans doute le plus ancien sanctuaire bouddhique de Chine. Plus tard, des marchands et des pèlerins musulmans épousèrent des Chinoises Han et établirent une présence musulmane. Les premiers empereurs se montraient si accueillants que le Henan devait abriter l’unique communauté juive de Chine. Un brin d’Histoire… Le Henan occupa le devant de la scène sous la dynastie des Song (960-1279), mais perdit tout pouvoir olitique lorsqu’au XIIème siècle le gouvernement quitta sa capitale de Kaifeng et s’enfuit vers le sud afin d’échapper aux envahisseurs Jürchen, venus du nord. Toutefois, grâce à une population nombreuse dans les plaines fertiles (périodiquement dévastées par les inondations) de l’indomptable Fleuve Jaune, le Henan demeura une importante région agricole. Il fallut cependant attendre l’avènement des communistes pour que la province entame un développement semblable à celui de ses voisins. Le Henan a été dans les années 1990 le théâtre d’une immense tragédie moderne, celle du sida. Des paysans pauvres, incités à vendre leur sang, ont subi des contaminations massives, décimant les populations rurales. Pour plus de précisions sur le scandale du sang contaminé chinois, je vous conseille le livre de Pierre Haski, Le sang de la Chine . Shanghai – Luoyang en train de nuit – couchettes : départ à 17h49 le vendredi soir avec une arrivée vers 8h45 le samedi matin. Luo Yang – 洛阳
Fondée sous la dynastie Xia, Luoyang fut la capitale de 13 dynasties avant que les Song du Nord (960-1279) installent à Kaifeng leur capitale, au Xème siècle. Au XIIème siècle, les envahisseurs Jürchen venus du nord dévastèrent Luoyang qui ne se remit jamais complètement de ce désastre. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que Luoyang fut naguère le centre de la civilisation chinoise et qu’elle ait abrité plus de 1 300 temples bouddhiques. Des vestiges de sa splendeur d’antan sont disséminés dans la ville, mais les superbes grottes de Longmen, à 13 km, constituent le site le plus passionnant. **Grottes de Long Men – 龙门石窟 Fondée sous la dynastie Xia, Luoyang fut la capitale de 13 dynasties avant que les Song du Nord (960-1279) installent à Kaifeng leur capitale, au Xème siècle. Au XIIème siècle, les envahisseurs Jürchen venus du nord dévastèrent Luoyang qui ne se remit jamais complètement de ce désastre. Il est difficile d’imaginer aujourd’hui que Luoyang fut naguère le centre de la civilisation chinoise et qu’elle ait abrité plus de 1 300 temples bouddhiques. Des vestiges de sa splendeur d’antan sont disséminés dans la ville, mais les superbes grottes de Longmen, à 13 km, constituent le site le plus passionnant. En 494, la dynastie Wei du Nord (386-534) déplaça sa capitale de Datong ( 大同) à Luoyang. Elle avait construit à Datong les impressionnantes grottes de Yungang (云冈石窟) [vous trouverez les photos de ces dernières grottes sur mon blog (Cf. Datong)]. En arrivant à Luoyang, elle entama la création des grottes de Longmen (grottes de la porte du dragon). Au cours des deux siècles suivants, plus de 100 000 représentations du Bouddha et de ses disciples furent sculptées sur plus d’un kilomètre dans la falaise qui domine le fleuve Yi, à 16 km au sud de la ville. Les grottes de Luoyang, de Dunhuang et de Datong représentent l’apogée de l’art rupestre bouddhique. Les grottes furent construites entre 494 et 680, sous les Wei du Nord, les Sui (581-618 et les Tang (618-907). Aux XIXème et XXème siècles, des prédateurs » occidentaux décapitèrent presque toutes les sculptures accessibles et ces têtes figurent aujourd’hui dans les musées et les collections privées européens et américains. La Révolution Culturelle provoqua également de grands dommages et les Gardes Rouges s’acharnèrent particulièrement sur la grotte des 10 000 bouddhas. Des grottes au temple Zhong Yue de la ville de Dengfeng : après un déjeuner sur place dont mes pieds se souviendront pendant longtemps… (quelques traces de brûlures de soupe renversée), retour case départ, la gare de Luoyang pour de là prendre un bus direction Dengfeng. ** Deng Feng – Temple Zhong Yue 登封 - 中岳庙 Au pied du Mont TaiShi, la ville paisible de Dengfeng se situe à l’est du temple de Shaoling, à 15 min en minibus. A 4km du centre ville, le Temple Zhong Yue (Zhongyue miao) date de la dynastie Qing (1644-1910) et fut construit sur le modèle de la Cité Interdite de Beijing. A l’origine dédié au dieu Song Shan, le temple fut ensuite assimilé au taoïsme, qui considérait la montagne comme le centre de la Terre. Un lieu très agréable et paisible, à l’écart de la ville. En restauration. Sur les coups de 19h, nous sommes de retour à Dengfeng. Il n’y avait plus de navettes pour Shaolin ; l’option « vrai taxi » avec compteur nous paraît donc la meilleure face au « faux taxi ». La course devait nous coûter 15Rmb sans compter le joli détour que nous a fait le chauffeur pour nous faire payer le double. Une dure négociation s’ensuit à l’arrivée au temple : on ne l’a fait plus à des « laowai » rodées au système « arnaque » des Chinois. On finit quand même par lâcher 25Rmb… (Les filles, soyez pas radines, cela ne représente que 2€ !!... oui, mais c’est par principe…) On se trouve une petite chambre d’hôte tout près du temple. Le réveil est mis à 6h afin de pouvoir s’emplir de l’esprit de ce lieu avant l’arrivée en masse des cars de touristes… * Temple de Shaolin – 少林寺 Selon la légende, le temple de Shaolin fut fondé au Vème siècle par un moine indien. Plusieurs décennies plus tard, un autre moine, Bodhidharma (Damo en chinois), arriva au temple. Pour se détendre entre les longues sessions de méditations, les disciples de Bodhidarma imitaient les mouvements des oiseaux et des autres animaux. Au fil des siècles, ces exercices se transformèrent en techniques de combat. On raconte cependant que Damo se vit refuser l’entrée au temple et se retira dans une grotte voisine, où il retrouva son calme en élevant son esprit, comme l’enseigne la religion. A cette fin, Damo s’assit et resta devant le mur de la grotte pendant neuf ans ; l’ombre du moine serait imprimée sur la paroi. Le monastère fut saccagé à maintes reprises. Les ravages les plus récents furent l’oeuvre du seigneur de guerre local qui incendia presque intégralement le temple en 1928, puis des Gardes Rouges au début des années 1970. Lieu de naissance du plus célèbre des arts martiaux chinois, ce temple attire un mélange hétéroclite de touristes, de fans de Bruce Lee et d’amoureux des films de Hong Kong. On y voit des élèves, pour certains à peine âgés de 4 ans, s’entraîner à l’extérieur, à la descente du bus. Malgré les incendies et le vandalisme, le monastère a conservé la plupart de ses bâtiments, mais les restaurations leur ont fait perdre un peu de leur charme d’antan. Retour sur Dengfeng dans la matinée pour prendre la route de Kaifeng *** Juste à côté du temple, est un cimetière – la forêt des pagodes 少林塔林 – composé de 246 pagodes qui contiennent chacune les cendres d’un moine influent. Nous avons apprécié ce lieu le soir avec le coucher du soleil et très tôt dimanche matin avant l’arrivée massive de groupes de touristes qui pour la plupart ne savent pas se taire dans des endroits aussi somptueux. Très tôt signifie au minimum 6h30-7h00.
Kai Feng - 开封
De Dengfeng, nous avions décidé de rejoindre la ville de Kaifeng (开封) via Zhenzhou (郑州) point de carrefour obligatoire en bus. Deux heures devait suffire… D’innombrables anachronismes architecturaux et des marchés animés bordent les petites rues de Kaifeng, jadis la capitale prospère des Song du Nord. Bâtie au sud du fleuve jaune, trop près des rives pour échapper aux inondations à répétitions, la vieille ville gît à 8 ou 9m sous terre. Entre 1194 et 1938, elle fut submergée 368 fois, soit en moyenne tous les deux ans. Kaifeng ne possède pas de gratte-ciel car il est interdit aux urbanistes de construire des bâtiments nécessitant des fondations profondes, afin de ne pas détruire la ville engloutie. Elle fut la première ville chinoise où s’établirent sous la dynastie Song les Juifs venus d’Inde par la Route de la Soie.
Maison de la Guilde Shanshan’gan – 陕西甘会馆 Sans doute l’édifice le plus impressionnant de la ville. Cette maison fut bâtie sous la dynastie Qing par une association de marchands d’autres provinces pour se réunir et se loger. Ses avant-toits en forme d’ailes, ses fabuleuses sculptures et peintures murales lui donnent des allures de temple. Les Juifs de Kaifeng Le père Nicolas Trigault traduisit et publia en 1615 les carnets du prêtre jésuite Matteo Ricci. A partir du contenu des carnets, il relata la rencontre de Ricci avec un juif de Kaifeng qui partait à Beijing pour participer aux examens impériaux : Lorsqu’il (Ricci) ramena le visiteur avec lui et l’interrogea sur son identité, il prit peu à peu conscience du fait qu’il parlait à un adepte de l’ancienne loi juive. L’homme admit qu’il était israélite, mais il ne connaissait pas le mot « juif » Ricci apprit de son visiteur que Kaifeng comptait 10 ou 12 familles juives. La ville abritait une « magnifique » synagogue où les 5 livres de Moïse étaient conservés sous forme de rouleaux depuis plus de 500 ans. […] Aujourd’hui plusieurs centaines de descendants de ces familles habitent encore à Kaifeng. Bien qu’ils se considèrent toujours comme juifs, les croyances religieuses et les coutumes associées au judaïsme ont quasiment disparu. La première synagogue fut détruite lors d’une crue du Fleuve Jaune en 1642. Rebâtie, elle fut à nouveau ravagée par une inondation dans les années 1850 et les fonds manquèrent pour la reconstruire. Des missionnaires chrétiens « sauvèrent » les rouleaux sacrés et le livres de prières du sanctuaire à la fin du XIXème siècle ; ils sont aujourd’hui conservés dans des bibliothèques en Israël, au Canada et aux Etats-Unis. A savoir : le train pour Shanghai de 18h40 au départ de Zhenzhou passe également à Kaifeng vers 19h30… Ne faites donc pas comme nous qui sommes retournées en speed sur Zhenzhou et n’avons pu que trop peu profiter de Kaifeng. Prenez votre temps, cette ville en vaut vraiment le coup : disséminés dans toute la ville, de magnifiques anciennes maisons en bois, des temples non restaurés et un petit lac dont on prend plaisir à faire le tour stoppées de ci, de là par des joueurs de majong, des pêcheurs ou tout simplement des rêveurs qui profitent des dernières douceurs de la saison avant la grosse chaleur…
Zhenzhou – Shanghai : train de 18h40, arrivée prévue à 7h00 le lendemain. Conseils pour les futurs voyageurs : - quand on vous dit « x km », prévoir facilement « x + 20 km ». - quand on vous dit « 1h », prévoir facilement « 2h », et cela sans être Marseillaise ! Les gens du Henan ne sont pas des personnes pressées ni stressées !!! Reprendre le clavier pour vous écrire m’a redonnée envie de vous faire partager un bout de mon quotidien. Pas de politique, surtout pas… Juste quelques photos, anecdotes… de cette vie shanghaienne que j’aime tant. Oublions la situation actuelle et partageons cette ville à travers un objectif. Le week-end prochain : balade à vélo dans les rues de Shanghai, appareil photos autour du cou et prochain reportage prévu courant semaine prochaine. |